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Communication de M. Abdoulaye BIO-TCHANE,
ASSEMBLEES ANNUELLES DU GROUPE DE LA BAD SEMINAIRE DE HAUT NIVEAU L'économie mondiale vit sa plus grande période de turbulences depuis la seconde guerre mondiale. Après s'être manifestée et propagée dans les pays avancés, puis touché les pays émergents, la crise financière internationale a, dans une troisième vague, atteint les pays en développement. Les conséquences de la crise sont des plus désastreuses sur les finances et l'économie réelle, avec notamment des faillites de grandes banques et d'entreprises, une baisse de l'activité économique et de la demande mondiales, entraînant la destruction massive d'emplois à travers le monde. Les échanges, aussi bien internationaux que régionaux ne sont pas non plus épargnés. Malgré toutes les mesures prises pour juguler les conséquences de cette crise, tous les analystes s'accordent à dire que l'année 2009 sera une année de récession et les plus optimistes d'entre eux projettent la sortie de crise pour 2010. Les prévisions de la croissance de l'économie mondiale ont été fortement révisées à la baisse. Selon le FMI, le taux de croissance mondiale s'établirait à environ 1,25 % en 2009 contre 3,25% en 2008. S'agissant des échanges commerciaux, leur rythme de progression se réduirait de moitié. Pour juguler les effets de la crise, des initiatives ont été conduites tant au niveau de maints pays pris individuellement qu'à l'échelle régionale ou internationale. Au nombre de ces initiatives, figure le Sommet des dirigeants du G-20 d'avril 2009 à Londres, dont un des principaux résultats a été l'adoption d'un plan de 1 100 milliards de dollars US. La conférence sur l'Afrique, organisée par le FMI en Tanzanie, au mois de mars 2009, a débouché, entre autres, sur l'engagement de cette institution d'accroître ses financements au profit de l'Afrique et d'assouplir les conditionnalités de ses programmes d'appui et de réformes, pour mieux les adapter aux circonstances particulières et aux capacités des pays dans le contexte de la crise internationale. Dans les économies avancées, des plans de relance onéreux ont été élaborés dans le cadre de la mise en uvre de stratégies adaptées de sortie de crise. Concernant l'Afrique, le commerce a été l'un des principaux moteurs de sa croissance au cours des dernières années. La viabilité à long terme de cette croissance tirée par les échanges est actuellement menacée dans le contexte de la crise financière et économique mondiale. Dans cette perspective, le présent atelier organisé par la Banque Africaine de Développement (BAD) vient à point nommé. En prenant part à cet atelier, la BOAD entend, par la présente communication, apporter sa modeste contribution à la réflexion sur la problématique de la crise internationale en liaison avec le commerce et l'intégration régionale en Afrique. Pour ce faire et conformément aux attentes de l'atelier, cette communication, après avoir brièvement évoqué quelques impacts déterminants de la crise financière internationale sur les économies africaines, se penchera sur des enjeux et opportunités, liés à la crise, pour le commerce et l'économie en Afrique. Ceci nous amènera à traiter successivement de l'intégration régionale en Afrique, de mesures susceptibles d'impulser le commerce Sud-Sud et enfin des moyens d'une meilleure insertion des pays africains dans l'environnement du commerce mondial, notamment grâce à la mise en uvre de dispositions préférentielles.
Ces dernières années, l'Afrique a enregistré des performances appréciables en termes de croissance économique, indispensable pour réduire la pauvreté et atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ainsi, le taux moyen de croissance a été de 6% au cours des cinq dernières années. Des progrès significatifs ont également été obtenus dans la maitrise de l'inflation qui s'est stabilisée autour de 10% en dépit de l'envolée des prix du pétrole et des produits alimentaires en 2008. Ces performances s'expliquent principalement par la mise en uvre de politiques économiques vertueuses, l'existence d'une conjoncture favorable liée à un dynamisme des exportations et la bonne tenue des cours des produits de base, aux bénéfices des allégements de dettes et à l'accroissement de l'aide extérieure. Ces remarquables progrès, fruits d'importants sacrifices, risquent d'être sérieusement remis en cause par les effets de la crise financière internationale. Selon le FMI, une diminution d'un point de la croissance mondiale se traduit, en moyenne, par un recul d'environ 0,5 point de la croissance du PIB en Afrique subsaharienne. Ainsi, avec quelques mois de décalage, les effets de la crise financière mondiale sont, désormais, de plus en plus palpables sur les économies africaines déjà secouées par les conséquences des crises alimentaire et énergétique, et qui demeurent confrontées au défi de l'atteinte des OMD à l'horizon 2015. Selon la Banque mondiale, l'Afrique risque d'être la région la plus durement touchée par la crise financière, avec des effets dramatiques sur la pauvreté. Par exemple, près de 700 000 enfants africains risquent de mourir avant l'âge d'un an, chaque année que durera cette crise. La malnutrition, l'insuffisance des services de santé, d'assainissement, d'accès à l'eau potable, les pertes d'emplois, etc. seront à l'origine d'un tel désastre. En Afrique de l'Ouest et plus particulièrement en Côte d'Ivoire,
la production de l'industrie de transformation du bois s'est retrouvée
stockée au cours des premiers mois de cette année, faute
de commande en provenance de l'extérieur, En matière de transferts des migrants, qui sont d'un apport appréciable dans le pouvoir d'achat des ménages de certains pays de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), il est prévu une baisse sensible en 2009 ; soit environ 20% de baisse en ce qui concerne le Sénégal, par exemple. Rappelons qu'au Togo les flux de transferts des migrants ont représenté 9,3% du PIB en 2008 contre 10% en 2007, qu'au Sénégal ils ont été de 8,9% en 2008 contre 9,9% en 2007 et qu'en Guinée Bissau ils ont compté pour 8,2 % du PIB en 2004. Selon certaines sources, l'impact de la crise pourrait se traduire par des pertes d'emplois de l'ordre de 350 000 dans la province du Katanga en RDC, suite aux réductions de la production par les compagnies minières touchées par la crise. En raison de la baisse des prix du diamant, la République Centrafricaine s'attend à une diminution des recettes de 50 % par rapport à 2008. Au Kenya, les envois de fonds des travailleurs migrants tarissent. Aux Seychelles, le tourisme, qui reste la principale source d'emplois et de devises, subira une contraction de 25 % en 2009.
Les pays avancés étant en proie à une profonde récession, la croissance dans les pays africains va ralentir fortement, sous l'effet de la baisse de la demande d'exportations et des cours des produits de base, ainsi que du durcissement des contraintes financières. Pour le continent, un déficit de l'ordre de 251 milliards de $US est annoncé pour 2009, en matière de recettes d'exportation. Ce déficit pourrait atteindre 277 milliards de $US en 2010. Le ralentissement de la croissance mondiale impactera également les recettes publiques et réduira, comme nous l'avons vu, les envois de fonds de l'étranger, entraînant du coup une baisse de la consommation intérieure. Par ailleurs, l'aversion pour les risques réduit les flux d'investissements directs étrangers (IDE) et inverse les flux d'investissements de portefeuille, les investisseurs optant pour des placements plus liquides ou plus sûrs. De nombreux pays africains, surtout les plus développés financièrement (Nigéria, Afrique du Sud, Botswana, Cap Vert, Maurice, Namibie, Seychelles) ont perdu l'accès aux moyens de financement obtenus sur les marchés des capitaux. Si les banques africaines ont été peu exposées directement aux actifs toxiques, qui plombent les bilans bancaires dans les pays riches, ces banques sont néanmoins vulnérables aux effets indirects : un ralentissement économique affectera la qualité de leurs portefeuilles de crédits ; par ailleurs, elles pourraient accuser des pertes sur leurs dépôts auprès de correspondants bancaires étrangers en difficulté, ou voir leur établissement d'origine à l'étranger rapatrier des capitaux. Enfin, la crise mondiale pourrait inciter les donateurs à réduire leur aide à l'Afrique.
Pour les pays d'Afrique comme pour ceux des autres continents, le commerce est un moteur de la croissance, laquelle est nécessaire pour réduire la pauvreté. La crise actuelle limite cependant sérieusement les volumes du commerce entre l'Afrique et les pays développés. En effet, l'accès des produits africains aux marchés de ces pays est compromis, non seulement en raison de la baisse de la demande, mais aussi du fait de menaces de réactions protectionnistes liées à la crise. Il est difficile actuellement de se prononcer sur un délai de sortie de cette crise. Même si le commerce avec les pays développés représente une part prépondérante des échanges extérieurs des pays africains, les échanges sous-régionaux ou régionaux et plus généralement le commerce Sud-Sud en constituent des composantes à ne pas négliger, notamment en ces temps de crise. Ces autres composantes du commerce peuvent en effet offrir des opportunités permettant de compenser en partie les pertes de gains et de points de croissance devant résulter de la réduction du volume des échanges avec les pays avancés. Le continent est ainsi plus que jamais appelé à maximiser le potentiel des échanges intra-régionaux. Ceux-ci sont souvent promus au sein des communautés économiques régionales (CER), qui constituent par ailleurs des facilitateurs pour une meilleure insertion des pays dans le commerce international. Comme le montre le récent cas de l'ASEAN (Association des nations du sud-est asiatique), les CER peuvent également offrir des opportunités de mutualisation des moyens d'atténuation des impacts de la crise. En effet, pour pallier au manque de liquidités dû au resserrement du crédit sur le marché international, les pays de cette communauté, en partenariat avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, viennent de se doter d'un fonds d'urgence de 120 milliards de dollars. Ce fonds fonctionnera comme une ligne de crédit d'urgence pour les 10 Etats membres, dont les économies ressentent de plus en plus les effets de la crise mondiale. Selon la Banque Asiatique de Développement, la croissance dans cette région devrait atteindre 3,4% en 2009 contre 6,3% en 2008 et 9,5% en 2007. En Amérique, en Europe, comme on vient de le voir pour l'Asie, l'intégration économique est une bonne première réponse à la crise. Si entre les pays d'Asie le commerce extérieur ressort à environ 40 % du commerce extérieur total, entre pays africains les échanges commerciaux représentent moins de 10 % du commerce extérieur du continent, soit 8,3 % des exportations et 9,3 % des importations. Plusieurs CER ont été créées en Afrique pour promouvoir l'intégration des économies, la création de marchés plus larges, et plus généralement de nouvelles opportunités de croissance et d'amélioration des conditions de vie. Il s'agit notamment de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), de la South African Development Community (SADEC), de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), et à l'échelle continentale, de l'Union Africaine (UA). Avec l'existence d'unions douanières, de zones de libre échange, de programmes de convergence macroéconomique, d'harmonisation de législations nationales, de politiques sectorielles communes dans divers domaines de production, l'Afrique a pu enregistrer des avancées significatives en matière d'intégration régionale. Toutefois, de nombreux efforts sont encore nécessaires pour renforcer les processus d'intégration. La crise offre à l'Afrique l'occasion d'accélérer le rythme de réalisation d'une intégration régionale plus poussée. En effet, en dépit de la création de CER, nombre de pays n'ont pas totalement démantelé les barrières aux échanges. Il s'agit de rendre effectives les zones régionales de libre échange, puisque dans la plupart des cas la libre circulation des personnes, des biens et services n'est même pas assurée. Ainsi, en dépit de toutes leurs bonnes intentions, les pays africains ne déploient pas tous les efforts requis pour mettre en uvre les programmes d'intégration régionale. Il n'existe pas de mécanisme de contrôle du respect, par les États, des protocoles et des traités dont ils sont signataires. L'absence d'un mécanisme de compensation pour les perdants de l'intégration constitue également un obstacle à la mise en uvre complète des programmes d'intégration. Les tarifs et autres taxes commerciales représentent une grande partie des recettes de nombreux pays africains et le manque à gagner susceptible de résulter de l'application de certains protocoles entrave les processus d'intégration, même si les avantages potentiels de ces derniers dépassent les coûts. Par ailleurs, comparé à celui du reste du monde, le réseau infrastructurel de l'Afrique est généralement très faible, ce qui entrave l'intégration physique du continent. L'ensemble de l'Afrique ne dispose que d'un réseau routier à peine plus étendu que deux (2) millions de kilomètres, toutes catégories confondues ; ce qui correspond à environ 6,84 km de routes pour 100 km2. Ces chiffres correspondent aussi à la moitié du réseau routier de l'Amérique latine et au tiers de celui de l'Asie, celui-ci étant d'environ 18 km pour 100km2. De plus, seuls 27,6 % des 2 millions de kilomètres de routes que compte l'Afrique sont asphaltées, chiffre qui tombe à 19 % pour l'Afrique subsaharienne. Ces indicateurs seraient à rapprocher de celui de 27 % relatif à l'Amérique latine et de celui de 43 % pour l'Asie du sud. Ainsi, le coût des transports, particulièrement élevé en Afrique, représente en moyenne 14 % de la valeur des exportations, à comparer à une moyenne de l'ordre de 8,6 % pour l'ensemble des pays en développement. Ce dernier indicateur atteint même 50 % en moyenne dans les 15 pays enclavés d'Afrique. Ces insuffisances sont exacerbées par les nombreux barrages sur les routes africaines, les retards aux postes frontières, la longueur ainsi que la carence des procédures de dédouanement et la corruption de certains fonctionnaires. Du reste, une contrainte majeure dans la réalisation des infrastructures demeure la disponibilité de ressources adéquates suffisantes. A cet égard, le soutien des partenaires au développement est nécessaire pour accompagner les efforts des Etats. En outre, un véritable partenariat public / privé s'impose pour créer les conditions de renforcement des investissements privés dans les infrastructures. C'est le sens du NEPAD qui demeure un projet phare pour promouvoir l'intégration régionale, à partir des secteurs des transports, de l'énergie, des ressources en eau et des ressources naturelles. L'agriculture, pour laquelle nombre de pays africains jouissent de conditions favorables de production (disponibilité de terres, de cours d'eaux, de main d'uvre, etc.) représente un secteur porteur pour la promotion des échanges régionaux. Elle devrait de ce fait bénéficier d'une attention particulière. L'appartenance de certains pays à de multiples CER et le chevauchement des fonctions ainsi que le double emploi qui en résultent, constituent également des obstacles à l'intégration. À quelques exceptions près, en effet, les pays africains appartiennent simultanément à plusieurs communautés économiques régionales. L'existence de nombreuses CER et l'appartenance de certains pays à plusieurs de ces structures entraînent un gaspillage des maigres ressources du continent. Le cadre macroéconomique et financier de l'Afrique est très faible également. Il est de la plus haute importance que les États membres d'une CER appliquent des politiques macroéconomiques convergentes. Or, on constate dans la plupart des CER des différences notables entre les pays dans les domaines des tarifs, de l'inflation, des taux de change, du coefficient d'endettement par rapport au PIB, de la croissance de la masse monétaire et d'autres variables macroéconomiques cruciales. Il est tout aussi important de renforcer les institutions et marchés
financiers du continent. Cela faciliterait la mise en place de solides
institutions financières (banques, institutions financières
non bancaires, marchés obligataires et financiers, cadre réglementaire,
systèmes de paiements) et conforterait Toutefois, les Etats gagneraient à ne pas prendre des mesures
à caractère protectionniste, susceptibles de remettre en
cause les politiques communautaires. Une de ces mesures serait par exemple
d'accorder aux entreprises des exonérations fiscales (intérieures
ou de porte) unilatérales, susceptibles de fausser le jeu de la
concurrence sur les marchés régionaux. En tout état
de cause, l'adoption de mesures
Le maintien de l'apport du commerce à la croissance économique des pays africains, dans le contexte actuel de crise, requiert qu'au-delà de la dynamisation des processus d'intégration régionale, de grands efforts soient déployés pour accroître les échanges commerciaux avec les partenaires traditionnels du Nord mais aussi pour mieux exploiter les possibilités de commerce avec les pays émergents et d'autres nations du Sud. 3-1. Dynamisation du commerce Sud-Sud et promotion de nouveaux partenariats, notamment avec les pays émergents. Le renforcement des échanges commerciaux Sud-Sud, en particulier avec des partenaires non africains tels que les pays émergents, serait de nature à favoriser une meilleure intégration de l'Afrique dans le commerce mondial. En effet, des pays comme le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et la Turquie, représentent aujourd'hui des acteurs importants du commerce et de l'économie mondiale avec lesquels les possibilités d'échanges et de coopération avec l'Afrique sont largement sous-exploitées. Avec la Chine par exemple, le commerce bilatéral a atteint en
2008 environ 107 milliards de $US contre 10 milliards de $US en l'an 2000,
soit une croissance annuelle moyenne supérieure à 30 %.
Ce résultat est remarquable d'autant plus qu'il s'observe au cours
d'une période dont le terme est marqué par la crise actuelle
mais aussi par une crise alimentaire et une crise énergétique.
La balance commerciale est en faveur de l'Afrique. Il reste toutefois
que la part du
Par ailleurs, les technologies parfois en vigueur dans les pays émergents sont relativement moins sophistiquées (et plus utilisatrices de main d'uvre) que celles des grands pays industrialisés ; cela est parfois le cas dans l'agriculture. Ces technologies peuvent de ce fait faire plus facilement l'objet de transferts vers les pays africains. Au nombre des mesures susceptibles de donner une impulsion au commerce Sud-Sud diverses dispositions sont envisageables en fonction des réalités et potentialités nationales ou sous-régionales. On peut par exemple citer celles-ci-après : - améliorer la circulation des informations commerciales entre les pays africains et les autres pays du Sud, ainsi que les pays émergents. Le " réseautage " entre secteurs privés africains et secteurs privés de pays émergents, l'organisation de foires commerciales et de fora sont, entre autres, des moyens pour y parvenir ; - améliorer l'accès aux marchés et les conditions d'entrée entre pays du Sud et pays émergents ; - susciter la mise en place de dispositions préférentielles pour faciliter l'accès des produits africains aux marchés des pays émergents ; - développer les capacités nationales des pays africains à négocier et à tirer partie des différentes instances de négociations bilatérales ou multilatérales dans lesquelles ils sont engagés ; - traiter les contraintes liées à l'offre, notamment par l'accroissement des capacités de production et la diversification des exportations africaines ; - pénétrer des secteurs nouveaux et dynamiques, en se basant sur le principe de la diversification sectorielle (exemple : tourisme, services fondés sur les technologies de l'information et les services de santé, etc.). 3-2. Dispositions préférentielles et facilitation de l'intégration de l'Afrique dans l'environnement du commerce mondial. Il s'agit, dans le cadre du présent atelier, d'échanger sur des dispositions préférentielles qu'il conviendrait de mettre en place pour faciliter l'intégration de l'Afrique dans l'environnement du commerce mondial. La plupart des pays membres de l'OMC sont signataires d'accords commerciaux régionaux. L'on estime que plus de la moitié du commerce mondial s'effectue actuellement dans le cadre d'accords commerciaux préférentiels. En ce qui concerne les pays africains, les principaux accords commerciaux préférentiels en vigueur concernent l'initiative " Tout Sauf les Armes " (mise en place en 2001) et la Loi américaine sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (African Growth and Opportunity Act - AGOA), mise en place en 2000. S'agissant d'accords en cours de négociation ou en discussion, il y a notamment les Accords de Partenariat Economique (APE) et les négociations du Cycle de développement de Doha engagées en 2001 et dont l'objectif est d'améliorer l'accès au marché et la réduction des subventions, afin d'aider les pays en développement, ceux d'Afrique notamment, à s'intégrer dans le système commercial multilatéral.
Ces chiffres, qui ne sont pas des plus significatifs en eux-mêmes, ne permettent pas d'affirmer sans nuance que les dispositions préférentielles dont bénéficient les pays africains ont véritablement boosté leurs exportations vers les pays développés. On sait néanmoins que s'agissant de l'AGOA en particulier, elle a suscité une croissance somme toute remarquable du commerce entre les États-Unis et l'Afrique, commerce qui dépassait 80 milliards de $US par an, en juillet 2008. Toutefois, seuls quelques pays et quelques rares secteurs de leur économie ont bénéficié de l'AGOA. En effet, les exportations de pétrole et de gaz étaient en tête avec environ 90 % des échanges totaux entre les États-Unis et l'Afrique en 2005 notamment), suivies par les produits textiles, avec moins de 5 % et l'agriculture, avec moins de 1 %.
L'ensemble de ce tableau tend à suggérer que les pays africains n'ont pas pu exploiter suffisamment les potentialités liées aux dispositions préférentielles. En rapport avec le commerce international, une première préoccupation qui pourrait être celle des pays africains en terme de dispositions préférentielles est de s'organiser pour tirer davantage parti des accords commerciaux préférentiels existants. Ceci requiert diverses mesures au nombre desquelles on peut citer celles-ci-après : - renforcement des capacités des pays africains en vue d'améliorer leurs aptitudes à répondre aux exigences des marchés développés en termes de normes et de qualité ; ceci nécessiterait parfois le bénéficie de programmes d'aides et d'assistance technique ; - mise en place de mécanismes de participation et d'appui aux décideurs dans la formulation des politiques et des stratégies de négociations ; - négociation avec les partenaires du Nord en vue d'un allègement ou réaménagement des modalités d'application des règles d'origine ; - traitement des contraintes liées à l'offre : amélioration du climat des affaires, soutien aux entreprises privées, notamment les PME, pour renforcer la capacité à produire et exporter ; - amélioration de l'administration douanière et résolution des problèmes réglementaires, aux niveaux national et régional.
Comme pour le reste du monde, le commerce a été en Afrique l'un des principaux moteurs de la croissance accrue connue au cours des récentes années. Toutefois, la viabilité à long terme de cette croissance tirée par les échanges est actuellement menacée. En effet, les pays avancés étant en proie à une profonde récession, leur demande de produits exportés par l'Afrique se réduit de manière notable. La croissance dans les pays émergents et dans les pays en développement ralentit fortement, sous l'effet de la baisse de la demande d'exportations, mais aussi en relation avec l'évolution des cours des produits de base. Les pays africains, comme ceux des autres continents, subissent par ailleurs un durcissement des contraintes financières externes, notamment dans le cadre de leurs relations commerciales. L'Afrique se trouve ainsi confrontée au défi de sortir des sentiers battus dans sa quête de réponses appropriées à la crise. Celle-ci lui offre l'occasion d'accélérer le rythme de réalisation d'une intégration régionale plus poussée. En dépit de la création de diverses communautés économiques régionales (CER), nombre de pays du Continent n'ont pas totalement démantelé les barrières aux échanges. Il s'agit maintenant de rendre effectives les zones régionales de libre échange et de mettre en place des mécanismes de contrôle du respect, par les États, des protocoles et traités dont ils sont signataires. L'absence d'un mécanisme de compensation pour les perdants de l'intégration constitue également un obstacle à la mise en uvre complète des programmes d'intégration. D'autres obstacles plus structurels existent aussi. Ainsi, comparé à ce qui existe dans la plupart des autres pays en développement, les coûts de transport en Afrique sont particulièrement élevés et il est nécessaire d'uvrer à leur réduction, notamment en investissant dans les infrastructures. De même est-il nécessaire de travailler à réduire les nombreux barrages qui existent sur les routes, les retards aux postes frontières, la carence de certaines procédures de dédouanement, ou encore la corruption de certains fonctionnaires. L'agriculture, pour laquelle nombre de pays africains jouissent de conditions favorables de production, représente un secteur porteur pour la promotion des échanges régionaux ; elle devrait bénéficier d'une attention particulière. Au demeurant, une contrainte majeure pour la réalisation des investissements réside dans l'insuffisante disponibilité de ressources adéquates. A cet égard, le soutien des partenaires au développement est nécessaire pour accompagner les efforts que déploient les Etats. L'appartenance de certains pays à plusieurs CER et les doubles
emplois qui, souvent, en résultent, constituent des obstacles à
une intégration rapide tout en entraînant un gaspillage de
ressources dans les pays concernés. Par ailleurs, les Etats devraient
éviter de prendre des mesures à caractère protectionniste,
susceptibles de remettre en cause les politiques communautaires. A contrario,
il est important que les États membres d'une CER appliquent des
politiques macroéconomiques convergentes. En fin de compte, les communautés économiques régionales
constituent aussi des facilitateurs pour une meilleure insertion des pays
africains dans le commerce international. Tout en mettant en exergue leur
nécessité, la crise actuelle offre l'occasion d'une réflexion
approfondie en vue d'une plus grande diversification des structures productives
et des partenariats commerciaux. S'agissant notamment des accords commerciaux
préférentiels, il est souhaitable que les pays africains
s'organisent pour tirer davantage parti de ceux qui existent déjà
car, dans le passé, ils n'ont pas pu exploiter suffisamment les
potentialités qui y étaient liées.
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